
Rejets aux frontières UE : sésame, aflatoxines, salmonelles
Aujourd’hui, un envoi de sésame sur deux venu du Nigeria, du Soudan ou d’Éthiopie passe un contrôle physique à son entrée dans l’Union. Il en va de même pour les arachides du Ghana, de Bolivie et d’Inde. Depuis janvier 2026, le Nigeria concentre à lui seul 29 des 38 rejets de sésame pour salmonelles.
Ces fréquences ne tombent pas du ciel. Elles résultent de vingt ans de rejets aux frontières notifiés dans le système d’alerte rapide européen, le RASFF : salmonelles dans le sésame, aflatoxines dans l’arachide, puis résidus de substances interdites. Les mêmes dangers reviennent, sur les mêmes produits, d’année en année.
Cet article lit ces données pour ce qu’elles sont : un historique public, qui renseigne autant sur les contrôles que sur la contamination. Il explique comment la liste des contrôles renforcés se construit, ce qu’en tire la recherche, et ce que les exportateurs et leurs importateurs peuvent faire avant la prochaine révision.
L’analyse s’appuie sur la veille réglementaire que FOSACOR conduit sur le corridor alimentaire entre l’Union européenne et l’Afrique.

Un rejet aux frontières est la décision d’un poste de contrôle frontalier de l’Union de refuser l’entrée d’un envoi non conforme. Il est notifié dans le RASFF, le système d’alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux. L’envoi est alors détruit, réexpédié ou soumis à un traitement spécial (règlement (UE) 2017/625, article 66).
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Contexte réglementaire : la liste des contrôles renforcés
Toute denrée importée doit respecter la législation alimentaire de l’Union ou des conditions reconnues équivalentes (règlement (CE) n° 178/2002, article 11). Une denrée dangereuse ne peut pas être mise sur le marché (article 14).
Les aflatoxines sont plafonnées par le règlement (UE) 2023/915. Pour l’arachide et les autres oléagineux, dont le sésame : 2 µg/kg d’aflatoxine B1 et 4 µg/kg pour la somme des quatre aflatoxines en consommation directe, 8 et 15 µg/kg avant tri (annexe I, points 1.1.4 et 1.1.5). Les salmonelles n’ont pas de critère propre pour les graines sèches : leur présence s’apprécie au regard de l’article 14.
Le règlement (UE) 2017/625 organise le contrôle à l’entrée : contrôle documentaire systématique, contrôles d’identité et physiques modulés selon le risque. En cas de non-conformité, l’autorité refuse l’entrée et ordonne la destruction, la réexpédition ou un traitement spécial (article 66).
Le règlement d’exécution (UE) 2019/1793 liste les couples produit-origine soumis à des contrôles renforcés. Applicable depuis le 14 décembre 2019, il a remplacé les régimes antérieurs, dont le règlement (CE) n° 669/2009, appliqué depuis le 25 janvier 2010. L’annexe I augmente la fréquence des contrôles physiques. L’annexe II exige en outre, pour chaque envoi, un certificat officiel et des résultats d’analyses réalisées dans le pays d’origine ou d’expédition par un laboratoire accrédité ISO/IEC 17025 (articles 10 et 11).
La Commission révise ces listes au moins tous les six mois (article 12). La dernière révision, le règlement d’exécution (UE) 2026/1206, s’applique depuis le 30 juin 2026. En janvier, le règlement d’exécution (UE) 2026/194 avait relevé à 30 % les contrôles du sésame de Türkiye, après un taux élevé de non-conformités pour les salmonelles (considérant 20).
Analyse FOSACOR : la frontière révèle le risque, elle ne le crée pas
Les rejets mesurent les contrôles autant que la contamination. Les arachides d’Argentine l’illustrent : 76 notifications en 2025, mais 2 rejets aux frontières seulement. Inscrites à 20 % de contrôles le 30 juin 2026, elles en comptent déjà 7 en moins de quatre mois. À l’inverse, une origine absente de la liste n’est pas une origine saine : au Burkina Faso, qui n’y figure pas, 26 % des échantillons de sésame destinés à l’export analysés entre 2007 et 2017 contenaient des salmonelles (Virginie et al., 2020).
Les dangers sont agronomiques, pas réglementaires. Les salmonelles du sésame viennent du séchage au sol, du stockage exposé et de l’absence d’étape d’assainissement. Les aflatoxines naissent de l’humidité et de la chaleur, au champ et en magasin. Aucun de ces problèmes ne se règle au port.
Le remède peut créer la crise suivante. En septembre 2020, du sésame indien contenait de l’oxyde d’éthylène, un fumigant interdit dans l’Union, à plus de 1 000 fois la limite de 0,05 mg/kg. Le laboratoire de référence de l’Union pour les résidus de pesticides y a vu une possible riposte aux salmonelles. Résultat : des rappels dans toute l’Europe et 50 % de contrôles sur ce sésame (règlement d’exécution (UE) 2020/1540).
La sanction est collective. La liste vise un pays et un produit, pas une entreprise. L’exportateur rigoureux subit la fréquence méritée par ses concurrents. La FDA américaine raisonne autrement : son alerte d’importation 99-19 sur les salmonelles vise des entreprises nommément désignées.
L’écart avec le Codex est ciblé. La norme Codex CXS 193-1995 retient 15 µg/kg d’aflatoxines totales pour l’arachide destinée à transformation, comme l’Union avant tri. Pour l’arachide prête à consommer, le Codex a renoncé en 2025 à fixer une teneur : l’Union jugeait trop élevée la valeur discutée de 10 µg/kg, elle qui exige 4 µg/kg.

Ce que dit la science
Les analyses de longue durée convergent. Sur 1999-2019, Somorin et al. (2021, Food Control) recensent 596 notifications de pathogènes visant des denrées de 27 pays africains, dont 60,6 % de rejets aux frontières. Le sésame représente 335 des 343 notifications de salmonelles de la catégorie « fruits à coque et graines ». Pour l’arachide, Owolabi et al. (2023, Food Research International) relèvent que 91 % des notifications de mycotoxines sur les fruits à coque et graines ont abouti à un rejet entre 2011 et 2021.
Ces séries appellent une prudence : elles suivent aussi la fréquence des prélèvements (Kowalska et al., 2020).
Les remèdes, eux, sont connus et peu coûteux. Au Ghana, un essai randomisé auprès de 1 005 producteurs d’arachide montre que des bâches de séchage réduisent la contamination d’environ moitié par rapport à la seule formation, dans la région et l’année les plus exposées (Magnan et al.). Pour le sésame, une torréfaction de 30 minutes à 150 °C élimine les salmonelles ; si le tahini est contaminé ensuite, elles y survivent au moins seize semaines (Torlak et al., 2013). Enfin, les rejets écartent d’abord les petits exportateurs (Beestermöller et al., 2018).
Impact opérationnel
Focus Afrique : quatre origines de sésame sur six
Sur les six origines de sésame soumises à des contrôles renforcés, quatre sont africaines : le Nigeria et le Soudan (50 %, avec certificat et analyses), l’Éthiopie (50 %) et l’Ouganda (30 %). Le Nigeria concentre 29 des 38 rejets de sésame pour salmonelles notifiés en 2026.
On sort de la liste de deux façons. Par la preuve : le sésame éthiopien a quitté l’annexe II en janvier 2025, ses résultats ne présentant plus de risque grave (règlement d’exécution (UE) 2024/3153, considérant 7). Par l’absence : les arachides du Sénégal (2023), de la Gambie et du Soudan (2024) ont été radiées faute d’importations depuis plus de trois ans.
Au Nigeria, un projet du Fonds pour l’application des normes et le développement du commerce (STDF) cible le sésame depuis 2024 ; aucune mesure contraignante avant embarquement n’a été publiée. Un signal monte ailleurs : les arachides d’Ouganda, non listées, cumulent cinq rejets depuis mai 2026.
Conclusion : les rejets aux frontières sont un historique, pas une fatalité
Vingt ans de rejets aux frontières racontent une histoire stable : les mêmes dangers, sur les mêmes produits, depuis les mêmes origines. Les salmonelles du sésame et les aflatoxines de l’arachide ne sont pas des surprises réglementaires. Ce sont des défaillances de séchage, de stockage et de maîtrise, que la frontière ne fait que révéler.
La liste des contrôles renforcés n’est pas une sanction permanente. Révisée tous les six mois sur la base des contrôles, elle récompense, avec retard, les filières qui investissent à la parcelle. Elle pénalise, collectivement, celles qui attendent le port.
Pour l’importateur, l’enjeu est la diligence : l’historique d’un fournisseur et d’une origine est public. Pour l’exportateur, c’est l’organisation : sortir de la liste par la preuve, et non par l’absence, suppose des résultats lot après lot.
Reste une question pour chaque filière : qui paie aujourd’hui l’aire de séchage qui éviterait le prochain rejet ?
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Sésame et arachides : contrôles renforcés et rejets aux frontières (situation au 21 octobre 2026)
| Produit | Origine | Danger | Contrôles physiques (annexe) | Rejets 2025 | Rejets 2026 |
|---|---|---|---|---|---|
| Sésame | Nigeria | Salmonella | 50 % (II) | 24 | 29 |
| Sésame | Soudan | Salmonella | 50 % (II) | 0 | 0 |
| Sésame | Éthiopie | Salmonella | 50 % (I) | 1 | 0 |
| Sésame | Ouganda | Salmonella | 30 % (II) | 6 | 0 |
| Sésame | Inde | Salmonella ; résidus de pesticides, dont oxyde d'éthylène | 30 % ; 20 % (II) | 17 | 7 |
| Sésame | Türkiye | Salmonella | 30 % (I) | 8 | 1 |
| Tahini et halva | Syrie | Salmonella | 50 % (I) | 4 | 1 |
| Arachides | Ghana | Aflatoxines | 50 % (I) | 0 | 0 |
| Arachides | Bolivie | Aflatoxines | 50 % (II) | 0 | 0 |
| Arachides | Inde | Aflatoxines | 50 % (II) | 10 | 3 |
| Arachides | Égypte | Aflatoxines | 30 % (II) | 10 | 6 |
| Arachides | Argentine | Aflatoxines | 20 % (I), depuis le 30 juin 2026 | 2 | 10 |
| Arachides | États-Unis | Aflatoxines | 20 % (I) | 28 | 20 |
| Arachides | Chine | Aflatoxines | 10 % (I) | 9 | 9 |
| Arachides | Ouganda | Aflatoxines | Non listé | 0 | 5 |
Sésame et arachides : contrôles renforcés et rejets aux frontières de l'UE. Situation au 21 octobre 2026.
Sources : règlement d'exécution (UE) 2019/1793, annexes I et II, dans leur rédaction issue du règlement d'exécution (UE) 2026/1206 ; rejets aux frontières notifiés dans le RASFF Window pour le danger indiqué (salmonelles pour le sésame et le tahini, aflatoxines pour l'arachide), 2026 arrêté au 21 octobre. Annexe II : certificat officiel et résultats d'analyses obligatoires pour chaque envoi.
Cet article présente une analyse générale fondée sur les recherches et l’expertise de FOSACOR en droit alimentaire et management de la sécurité alimentaire. Chaque situation opérationnelle est unique : les implications pour votre entreprise, votre marché ou votre juridiction méritent une analyse personnalisée.
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